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Visio-conférence internationale des 15 et 16 avril 2023
Grandes perspectives pour le développement de la majorité mondiale

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par Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller international

Chers amis de l’Institut Schiller du monde entier, où que vous soyez !

Nous sommes réunis ici via internet par un engagement sincère à développer et présenter des options pour que l’humanité parvienne à surmonter les dangers existentiels qui la menacent, à cause de l’escalade de l’affrontement géopolitique entre l’Occident et la Russie et la Chine en particulier, qui pourrait, dans le pire des cas et à très court terme, conduire à une guerre nucléaire mondiale et à l’anéantissement de l’espèce humaine et de toute vie sur Terre, dans l’hiver nucléaire qui s’ensuivrait.

Si ce danger est très grave, il y a, en même temps, des raisons d’être extrêmement joyeux et optimistes, car nous vivons la naissance d’une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité. Un changement d’époque, où les vestiges de l’ancien ordre colonial qui avait condamné plusieurs milliards d’êtres humains à souffrir de la pauvreté, de la faim et du sous-développement, seront remplacés par un nouvel ordre économique mondial qui, dans les années à venir, créera les conditions permettant à chaque nouveau-né de développer pleinement son potentiel créateur et de contribuer à l’avancement de l’humanité. Nous avons donc le privilège de vivre l’un des moments les plus passionnants de l’histoire !

Permettez-moi de commencer par un événement véritablement révolutionnaire. Le président brésilien Lula da Silva a annoncé jeudi à Shanghai, lors de la cérémonie d’investiture de l’ancienne présidente Dilma Rousseff à la tête de la Nouvelle banque de développement (NBD), que cette banque des BRICS remplirait désormais sa mission initiale : fournir des crédits substantiels aux pays du Sud, en s’affranchissant du carcan des conditionnalités imposées aux économies émergentes par les institutions traditionnelles, à savoir le FMI. Compte tenu de la taille des populations et du poids des économies des « BRICS+ », cette banque à vocation mondiale remplira toutes les conditions pour devenir la « Grande Banque du Sud ».

Quant à l’objectif de la NBD, il a déclaré : « Il est intolérable que, sur une planète qui produit suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins de toute l’humanité, des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants n’aient rien à manger. Il est inadmissible que l’irresponsabilité et la cupidité d’une petite minorité mettent en péril la survie de la planète et de l’humanité tout entière... »

C’est exactement ce qui avait motivé la proposition de création de la Banque internationale de développement (BID), élaborée par mon défunt mari Lyndon LaRouche en 1975, à son retour d’Irak pour les célébrations du parti Baas, où il avait pu échanger avec plusieurs dirigeants des pays en voie de développement. Pendant une année entière, les membres de l’organisation LaRouche se sont alors activés dans l’ensemble des pays du Mouvement des non-alignés pour faire connaître cette proposition, et lors de leur conférence à Colombo, au Sri Lanka, en 1976, le concept de LaRouche a pratiquement été adopté dans la résolution finale.

La réaction de l’oligarchie mondiale a consisté à déstabiliser tous les dirigeants du Mouvement des non-alignés - Mme Gandhi, Mme Bandaranaike, Zulfikar Ali Bhutto et bien d’autres. Il aura fallu de nombreuses luttes et 48 ans d’efforts pour que ce concept de BID soit mis en œuvre par une combinaison de pays suffisamment puissants pour le défendre contre les institutions financières du « consensus de Washington », qui considèrent toute nation engagée dans cet effort comme un « rival systémique » qui doit être contenu ou écrasé.

Nous assistons actuellement à un changement d’époque. La période historique entamée il y a environ 600 ans a vu émerger en Europe les premières formes d’États-nations souverains, qui, rompant avec la tradition alors en vigueur selon laquelle l’État n’existait que pour protéger les privilèges de l’élite oligarchique, vont se consacrer au bien commun. Avec la France de Louis XI et les écrits de Nicolas de Cues, qui fut le premier à formuler le concept de système de gouvernement représentatif, cette approche gagna en influence. Les différents empires (mésopotamien, perse, romain, byzantin, ottoman, vénitien, anglo-néerlandais et britannique, pour n’en citer que quelques-uns), qui avaient constitué la seule forme de gouvernement jusqu’au XVe siècle et s’étaient maintenus sans interruption depuis l’Antiquité, ne protégeaient que les intérêts de la noblesse et de ses alliés au pouvoir, s’efforçant de maintenir la majorité de la population en esclavage, ou aussi arriérée que possible, afin de mieux la dominer.

Le système colonial d’exploitation des ressources des pays soumis, la traite des esclaves, le système même du libre-échange comme moyen de contrôler les prix et les termes de l’échange, tout cela est issu du système des empires. Et comme l’ont souligné les présidents Soekarno et Nehru à l’époque de la conférence de Bandung, le colonialisme a continué d’exister sous des formes modernes. Il a continué d’exister dans le refus du système financier d’accorder du crédit pour le développement, dans les conditionnalités, les pièges de la dette de la Banque mondiale et du FMI si bien décrits par John Perkins dans son livre, « Confessions d’un tueur à gages économique », ou sous la forme d’un contrôle mondial sur les produits alimentaires, depuis les semences jusqu’à la vente au consommateur, en passant par la culture, la récolte et la transformation des aliments, par l’intermédiaire d’une demi-douzaine de grands cartels de l’agroalimentaire.

Et ce système touche maintenant à sa fin ! La NBD promet de devenir un élément essentiel du nouveau paradigme émergeant, grâce à la collaboration des pays BRICS+. Selon le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, 24 autres pays du Sud ont déjà demandé à adhérer à cette institution qui représente aujourd’hui un PIB supérieur à celui des pays du G7 et, à coup sûr, la grande majorité de la population mondiale.

Autre aspect de ce nouveau système, une nouvelle monnaie internationale basée non sur des valeurs monétaires, mais sur l’or et d’autres matières premières, qui est en train d’être créée par un groupe de pays du Sud comme un acte d’autodéfense contre toute une série de mesures prises par les principales institutions financières actuelles :
• la création monétaire inconsidérée de milliards de dollars, d’euros, de livres et de yens ;
• le soi-disant « assouplissement quantitatif » adopté après l’effondrement systémique de 2008 ;
• la militarisation du dollar à travers la confiscation des avoirs étrangers de la Russie, de l’Afghanistan et d’autres pays ;
• les sanctions brutales imposées à tant de pays, visant à induire un changement de régime en affamant les populations des pays ciblés pour les inciter à se soulever.

La nouvelle monnaie reflète également les idées que Lyndon LaRouche avait développé dans un article daté du 18 juillet 2000, intitulé « Pour un commerce sans devises, basé sur un panier de matières premières ».

Dans un autre pays, n’appartenant pas au Sud global mais également affecté par le même système de maximisation du profit pour quelques-uns, à savoir la Suisse, une résistance émerge contre les conséquences dévastatrices de l’effondrement en cours du système financier transatlantique. Après la quasi-faillite du Crédit suisse, l’échec des tentatives de le renflouer avec 50 milliards de francs suisses, puis son rachat forcé par UBS, la Suisse se trouve désormais sur un véritable volcan : une banque monstrueuse « trop grande pour faire faillite », une UBS hypertrophiée qui pourrait potentiellement détruire toute l’économie suisse, et dont l’exposition aux dérivés de contrepartie est une bombe à retardement pour l’ensemble du système. Pour y faire face, un combat décisif a été mené par la population suisse, qui reste en grande partie attachée à sa souveraineté, pour introduire, au sein du Conseil d’État, une législation pour la séparation bancaire.

Pourquoi l’Occident ne se réjouit-il pas de l’émergence d’un nouveau système qui pourrait être le canot de sauvetage pour tout le monde ? Si l’on écoute les principaux médias allemands, par exemple, ou l’administration américaine, la grande controverse de notre époque serait la bataille entre les « démocraties », naturellement bonnes, et les « autocraties », évidemment mauvaises.

De leur point de vue, la Russie est paranoïaque d’imaginer que les six expansions de l’OTAN vers ses frontières, non d’un pouce, mais de 1000, voire 1300 km, puissent être une menace, puisque ni les États-Unis (avec leur budget militaire de plus de 800 milliards de dollars, soit plus que l’ensemble des neuf pays suivants) ni l’OTAN ne pourraient jamais faire de mal à une mouche...

Ils font preuve d’une étonnante amnésie concernant les diverses guerres interventionnistes menées en Asie du Sud-Ouest, qui ont fait des millions de victimes. Et bien entendu, ils ne souhaitent pas que le citoyen ordinaire aille regarder de plus près les implications de la doctrine militaire officielle des États-Unis, qui autorise une frappe nucléaire préventive, ni qu’il se pose des questions sur la désinvolture avec laquelle ils transforment l’Europe en champ de bataille pour une hypothétique « guerre nucléaire limitée ».

Pas plus qu’il ne cherche à savoir pourquoi Daniel Ellsberg, le lanceur d’alerte, nous a récemment rafraîchi la mémoire sur les plans conçus par John Foster Dulles en 1958, prévoyant d’utiliser des armes nucléaires en cas de conflit militaire autour de Taïwan, en se référant à une étude de la Rand Corporation intitulée « La crise dans le détroit de Taïwan - une histoire documentée ». Et de demander ensuite aux donneurs d’alerte d’aujourd’hui de faire état des débats au Pentagone sur l’utilisation d’armes nucléaires en Chine. La Chine, dont la plupart des gens ne connaissent pas grand-chose, serait récemment devenue, selon les groupes de réflexion et les médias, « plus agressive » et voudrait prendre le contrôle du monde par le biais d’investissements.

Le discours public en Occident ne porte plus sur la vérité historique, qui peut être découverte par l’enquête et le dialogue socratique, mais sur le contrôle du « récit », qui devient alors une structure de croyance.

Un exemple récent mérite d’être souligné : lorsque Rolf Mützenich, chef du groupe SPD au Bundestag, a soutenu l’appel du président français Macron aux Européens pour qu’ils défendent leurs propres intérêts et ne se laissent pas entraîner, comme des vassaux, dans le conflit entre les États-Unis et la Chine au sujet de Taïwan, Michael Roth, membre éminent du SPD, a répliqué : « Je ne vois pas d’allégeance aveugle en Europe. Au contraire, je vois à Washington le plus haut degré de sens des responsabilités pour la paix et la stabilité en Europe » !

Il n’est toutefois pas clair s’il faisait allusion ici aux derniers moments de paix potentiels qui ont suivi les pressions américaines sur l’Allemagne pour qu’elle envoie toujours plus d’armes lourdes en Ukraine, avant que la situation ne dégénère en guerre mondiale, ou s’il parlait de la stabilité en Europe après le silence de l’ensemble de la classe politique européenne devant l’analyse crédible de Seymour Hersh concernant l’identité de ceux qui avaient fait exploser les gazoducs Nord Stream.

On oublie évidemment la sévère réprimande d’Helmut Schmidt contre l’unilatéralisme de l’administration Bush, lorsqu’il écrivait dans Die Zeit : « L’Europe n’a pas besoin d’un tuteur », dénonçant l’influence de Robert Kagan, Richard Perle, Zbigniew Brzezinski et Paul Wolfowitz. On ne sait pas si les apologistes des « bonnes démocraties » sont simplement de bons élèves de l’ancien chef de la CIA Pompeo, qui a révélé publiquement qu’à la CIA, ils avaient eu « des cours de formation complets » pour apprendre à mentir, à tricher et à voler, ou s’ils se sont endoctrinés eux-mêmes pendant si longtemps qu’ils croient maintenant à leur propre propagande.

Tout étudiant sérieux d’histoire contemporaine découvrira qu’au cœur du conflit actuel entre l’Occident et la Russie, la Chine et le Sud global, se trouve la doctrine Wolfowitz du « Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC) », qui revendique le droit des États-Unis à maintenir un monde unipolaire basé sur la relation spéciale anglo-américaine, au sein duquel aucune nation ou groupe de nations ne serait jamais autorisé à dépasser les États-Unis en termes de puissance politique, économique ou militaire. C’est ce que croyaient auparavant tous ces présidents et stratèges anglophiles, qui étaient fondamentalement convaincus que la « partition ultime de la Chine » devait avoir lieu pour préserver la « souche aryenne », comme l’avait dit Churchill dans une interview de 1902, ou que la Russie devait être « vaincue », « affaiblie » et divisée en dix entités, comme l’ont déclaré récemment certains membres de gouvernements occidentaux.

C’est également la structure de croyance sous-jacente au tristement célèbre document NSSM-200 de Kissinger, qui affirme en substance que les matières premières des pays du Sud relèvent de l’intérêt stratégique des États-Unis. Elle est à l’origine de la déclaration de Madeleine Albright, que la mort de 500 000 enfants irakiens « en valait la peine », et de celle d’Obama sur le fait que les Africains ne devraient pas tous avoir une maison et une voiture, sinon « la planète serait en ébullition ».

La grande majorité des pays du monde voit bien que la prétention de l’« ordre fondé sur des règles » à être les protagonistes du « bien » et à vivre dans un « jardin », alors que tous les autres végètent dans la « jungle », est en train de s’effondrer. Dans ces conditions, un « découplage », non seulement de la Chine mais aussi du nouveau système économique émergent, ne signifierait pas seulement l’effondrement de l’Occident dans le chaos, mais aussi, selon toute vraisemblance, l’escalade vers la guerre nucléaire.

Nous devons donc réussir par tous les moyens à convaincre une large partie de la population des États-Unis et des nations européennes de réfléchir à l’importance du changement historique que nous sommes en train de vivre. Ce n’est pas le moment de courir le monde et de faire pression sur les pays d’Afrique, d’Ibéro-Amérique ou d’Asie pour qu’ils rompent avec la Russie et la Chine, ce qu’ils ne feront pas de toute façon. Si nous pouvons mobiliser à temps ces gens en Europe et aux États-Unis pour qu’ils reconnaissent qu’il est dans notre intérêt de coopérer avec les BRICS+ [1] , l’OCS [2], l’ANASE [3], l’Union africaine et d’autres organisations de la majorité mondiale, alors l’espèce humaine entrera dans une nouvelle ère glorieuse, où nous pourrons enfin nous concentrer sur les grandes tâches de l’humanité : créer la paix par le développement, vaincre la pauvreté sur toute la planète, fournir à chaque enfant une éducation universelle, assurer la sécurité énergétique et d’accès aux matières premières grâce à des percées scientifiques, en coopérant dans la science et les voyages spatiaux internationaux, réalisant ainsi que nous sommes l’espèce créatrice de l’univers.

Je voudrais appeler tous les participants à cette conférence à coopérer avec nous, à encourager le plus de nations possible à mettre à l’ordre du jour une architecture internationale de sécurité et de développement, capable de résoudre tous les conflits en instaurant un ordre économique mondial juste, en créant une nouvelle renaissance à travers un dialogue entre les meilleures traditions de toutes les cultures, et donc, en se comportant enfin en êtres humains.

Et laissez-moi adresser un grand merci et les applaudissements de toutes les bonnes volontés de la planète à mon défunt mari, Lyndon LaRouche, pour ce qu’il a apporté aux chances qui s’offrent aujourd’hui à l’humanité !

Je vous remercie.

Vers toute la conférence


[1Le groupe initial, comprenant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, auquel doit s’ajouter huit autres pays qui ont déposé leur candidature

[2Organisation de coopération de Shangaï

[3Association des nations de l’Asie du Sud-Est