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Ce parfum de Roosevelt et de De Gaulle qui incommode la City de Londres

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S&P—Confrontés à la menace du vaste chaos que risque d’engendrer la désintégration de l’économie et la colère sociale, les gouvernements européens mettent de l’avant leurs « plans de relance », faisant de plus en plus référence au « New Deal » de Franklin D. Roosevelt ou, en France, à la planification d’après-guerre souhaitée par le Conseil national de la Résistance (CNR). Malgré l’insuffisance des mesures proposées et surtout des moyens consacrés, il n’en a pas fallu davantage pour inquiéter l’oligarchie financière.

« Les échos de la présidence transformatrice de Franklin Delano Roosevelt sont partout », se plaint en effet le Financial Times, l’un des principaux porte-voix des intérêts financiers de la City de Londres. « La Commission européenne d’Ursula von der Leyen promet un ‘Green New Deal’ pour raviver l’économie de l’UE ; le Premier ministre britannique Boris Johnson a lancé son plan pour remettre la Grande-Bretagne en marche, avec sa propre version du programme de stimulus gouvernemental des années 1930 ».

La peur de l’oligarchie financière est bien palpable : alors qu’elle pensait s’être débarrassée des politiques interventionnistes et dirigistes de Roosevelt et de Gaulle, voilà que leurs fantômes ressurgissent !

New Deal

Lors de son discours à Dudley, le 30 juin dernier, Boris Johnson a présenté son « New Deal » destiné à « tracer le chemin pour sortir de la crise ». Apparaissant en gilet jaune et casque de chantier, à côté d’un slogan proclamant « Construisons, construisons, construisons ! », le Premier ministre britannique a affirmé que son gouvernement ne répondra pas à cette crise par l’austérité, contrairement à 2008, et promis qu’il allait inaugurer une « révolution par les infrastructures », afin de relancer les secteurs laissés à l’abandon depuis plus de trois décennies, tels que l’hôpital, les transports publics, les écoles, etc.

Mes amis, je ne suis pas un communiste, a voulu rassurer Johnson, tout en affirmant : je pense qu’il est également du ressort du gouvernement de créer les conditions pour l’entreprise de libre marché. (…) Cela sonne comme un New Deal et c’est bien le but, car ce dont notre époque a besoin, c’est d’un gouvernement fort et déterminé, qui protège la population en temps de crise, qui s’attaque au problème des sans-abris et aux inégalités qui poussent les gens vers les banques alimentaires ; car le temps est venu non seulement pour un New Deal mais pour un Deal juste [« Fair Deal »] pour le peuple britannique.

De bien belles paroles ! Cependant, le bas blesse (on pouvait s’y attendre) au niveau des moyens avancés pour ce « New Deal », puisque le gouvernement Johnson prévoit une première enveloppe de seulement 5 milliards de Livres sterling, dont 1 milliard pour bâtir de nouvelles écoles, 1,5 milliard pour réhabiliter les hôpitaux, le reste allant à des projets routiers. « Cinq milliards, cela semble beaucoup, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan, quand on parle de projets d’infrastructures, a réagi Jude Brimble, secrétaire national du syndicat GMB Union, cela couvrirait à peine la moitié des frais à engager pour combler les nids-de-poule sur les routes d’Angleterre et du pays de Galles ».

A lire : Comment Roosevelt a financé le New Deal.

Pas de Commissariat au Plan sans Banque nationale

En France, le nouveau Premier ministre Jean Castex a évoqué mercredi 8 juillet sa volonté de créer un « Haut Commissariat au Plan », en référence à l’institution créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de « rééclairer l’action publique d’une vision de long terme ».

Cette résurrection de l’un des piliers de la reconstruction de la France d’après-guerre, établie par le général de Gaulle et le CNR, n’est pas faite pour plaire à la doxa néolibérale et à ses chiens de garde. « Au secours, le Plan revient », s’agace l’Opinion. « Pléthore. Des outils de programmation et de perspective, il en existe pourtant déjà beaucoup. A commencer par France Stratégie, descendant direct du ‘Plan’ ». Et le quotidien de trembler face au spectre du retour de l’État dans l’économie : « tel qu’évoqué par Bruno Le Maire et Jean Castex, le plan s’étendrait comme une pieuvre à toute l’économie ». Radu Vranceanu, professeur d’économie à l’Essec, craint de voir les fonctionnaires du nouveau Plan « se donner de nouvelles missions de plus en plus délirantes, créer de nouvelles réglementations et contraintes pour justifier leur existence », et David Lisnard, le maire LR de Cannes, tempête contre ce « machin bureaucratique de plus », outil de « flatterie nostalgique de l’opinion pour rappeler les Trente Glorieuses, le vocable de l’après-guerre ». Belle démonstration, s’il en était encore besoin, du fait que LR n’a plus rien à voir avec le Gaullisme...

Cependant, soyons clair : un nouveau Commissariat au Plan sans « crédit public productif », c’est comme un train sans locomotive. Pour pouvoir mener une politique reconstruction et de développement économique digne de ce nom, l’État doit contrôler sa monnaie pour ne pas être contrôlé par elle. Les Trente Glorieuses n’auraient jamais été possibles sans la nationalisation de la Banque de France, en décembre 1945, qui permis d’alimenter la Planification avec du crédit national à faible taux d’intérêt. Une séparation bancaire stricte, imposée à l’époque aux trois plus grandes banques de dépôts de l’époque, fut également essentielle.

Sans cela, Emmanuel Macron sera condamné à compter sur une UE au bord de la rupture, et à préférer une baisse « momentanée » des salaires à un chômage de masse, comme il l’a affirmé le 14 juillet ; son illustre prédécesseur préciserait qu’il s’agit d’« accommoder les restes » dans un monde où « la contrainte extérieure » détermine tout...

Pour appliquer cette politique du bien commun, il est nécessaire de disposer d’un centre d’émission offrant les moyens les moyens d’approvisionner le crédit public, peut-on lire dans la « feuille de route 2020 » de Solidarité & progrès, publiée sur le 25 mai et disponible en format livre (voir ci-contre). Il s’agit d’une Banque nationale, qui obéisse aux orientations fixées par les institutions démocratiques ayant voté le plan.

Rappelons que François Bayrou, qui lorgne sur le poste de Haut Commissaire au Plan, avait affirmé son opposition catégorique à l’idée que l’État reprenne en main la création monétaire, lorsqu’un militant de S&P l’avait questionné à Pau, pendant le « Grand débat », en mars 2019. En réalité, personne d’autre ne conviendrait mieux à ce poste que Jacques Cheminade, qui défend depuis quarante ans une politique de planification indicative, en a parlé lors de ses trois campagnes présidentielles (1995, 2012 et 2017) et a produit à ce sujet un texte de référence en 1993.

A lire : La planification, « ardente obligation » et inspiration pour aujourd’hui.

Cette annonce de la création d’un nouveau Commissariat au Plan ouvre une brèche dans laquelle nous devons nous engager en apportant la substantifique moelle de ce que devrait être un « État stratège » et des outils financiers nécessaires.

Joignez-vous donc à notre « lobby citoyen », afin de faire circuler partout notre feuille de route. Que le slogan « construisons, construisons, construisons » rime avec « éduquons, éduquons, éduquons » !