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Extension du traité New Start : Biden résistera-t-il au chant des faucons ?

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S&P—Le 26 janvier, Joe Biden et Vladimir Poutine se sont mis d’accord sur une prolongation le Traité New Start de limitation des armements nucléaires, qui expirait le 5 février. C’est une avancée très positive qui montre que, malgré les tensions actuelles, il existe un réel potentiel pour poser les bases d’une détente et d’une coopération internationale. Reste à savoir si Biden continuera dans ce sens, où s’il succombera aux rodomontades des Pompeo qui l’entourent, tels qu’Antony Blinken, Avril Haines ou Kurt Campbell.

Lors de leur première conversation téléphonique, Biden et Poutine ont conclu in extremis un accord de prolongation de cinq ans du traité New Start. Ce traité, qui devait expirer le 5 février, limite les arsenaux de la Russie et des Etats-Unis à un maximum de 1550 ogives pour chaque pays, et restreint le nombre de lanceurs et bombardiers à 800. Même si cette quantité permettrait de faire sauter plusieurs fois la planète, le fait que la nouvelle administration américaine ait consenti à cette extension immédiate est une excellente nouvelle.

Cependant, comme l’a souligné Karel Vereycken, le vice-président de Solidarité & progrès, lors d’un entretien sur la chaîne chinoise CGTN, une telle avancée ne pourra se concrétiser si les sanctions contre la Russie sont maintenues, et si la campagne contre le projet de gazoduc Nord Stream 2 – dont Biden a dit que c’était « une mauvaise idée depuis le début » — se poursuit. En effet, « alors que Trump voulait vendre le gaz américain aux Européens, Biden espère favoriser ses amis en Ukraine, où il avait joué un rôle dans le coup d’Etat de 2014 et où son fils a occupé d’importantes positions au sein de la principale compagnie énergétique ukrainienne », a expliqué Vereycken. Lors de sa conversation avec Poutine, Biden ne s’est d’ailleurs pas gêné pour lui donner un sermon sur « l’agression » russe en Ukraine, sur « l’empoisonnement » de Navalny et sur l’ingérence électorale contre les Etats-Unis.

Rien d’étonnant par conséquent que les Russes manifestent un enthousiasme quelque peu modéré suite à l’extension du New Start. Pour l’ambassadeur adjoint de la Russie aux Nations unies Dmitry Polyansky, bien que cet accord donne des « raisons d’être optimiste » sur le dialogue entre les deux pays, le problème est que « l’approche de l’administration Biden consiste à contenir la Russie, à la présenter comme une sorte d’État voyou, comme un pays qu’’il faut isoler et sanctionner ; et sans dialogue et compréhension sur les enjeux sous-jacents de la situation politique mondiale actuelle, je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de progrès ».

Nous notons la composition de l’équipe de la politique étrangère de la nouvelle administration, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse le 27 janvier. Nous voyons beaucoup de visages familiers, dont nous connaissons la position vis-à-vis de la Russie. Nous comprenons qu’ils apporteront un certain héritage dans leurs bagages. C’est pourquoi nous restons prudents. Bien sûr, nous jugerons la nouvelle administration et son attitude envers la Russie par ses actions.

Le gouvernement américain a effectivement intégré à des postes clés plusieurs personnages dangereux pour la paix mondiale, de par leur appartenance à l’appareil militaro-financier. Le secrétaire d’Etat Antony Blinken, par exemple, est celui qui, en 2002, avait convaincu Joe Biden, à l’époque sénateur, de soutenir la guerre en Irak, et qui plus tard avait également encouragé Obama à lancer une guerre désastreuse en Libye, puis à armer les soi-disant « rebelles » en Syrie afin de renverser un gouvernement légitime. Avril Haines, la nouvelle dirigeante du renseignement national, avait quant à elle travaillé avec le chef de la CIA sur le programme d’assassinats ciblés par drone. Mentionnons enfin Kurt Campbell, nommé « tsar de l’Asie » par Joe Biden. Cofondateur du Center for a New American Security – le think tank créé en 2007 lorsque les néoconservateurs ont décidé de devenir Démocrates —, Campbell est le concepteur du « Pivot asiatique » déployé par Obama pour contenir la Chine, et le promoteur du Dialogue quadrilatéral sur la sécurité entre les Etats-Unis, l’Australie, le Japon et l’Inde, également destiné à contrer l’influence de la Chine dans la région.

La question est : cette horde de faucons va-t-elle inciter Biden à poursuivre, voire accélérer, la politique de guerre froide de Mike Pompeo, ou le nouveau président aura-t-il les tripes d’adopter une politique de détente et de coopération ? La réponse dépendra de l’effort d’une véritable opposition qui pourrait émerger en Europe et aux Etats-Unis pour imposer ses exigences à la nouvelle administration et orienter le monde dans le sens d’une paix par le développement mutuel.