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Pour l’administration Biden, l’emploi de l’arme nucléaire est une « réelle possibilité »

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S&P—Après l’« America First » de Donald Trump, l’« America is Back » de Joe Biden a de sérieux accents de guerre froide. Plusieurs récents documents, y compris émanant du Département d’Etat, désignent la Chine comme une menace, participent à créer un climat très dangereux ; et l’amiral Charles Richard, qui dirige le U.S Strategic Command, vient de déclarer qu’une guerre nucléaire contre la Russie et la Chine était une « réelle possibilité ».

Vingt jours après son arrivée au pouvoir, la politique étrangère de Joe Biden se précise. Certains développements peuvent sembler positifs – tels que l’accord avec la Russie sur l’extension du traité New Start, l’arrêt du soutien à la guerre génocidaire de la coalition saoudienne au Yémen ou encore la reprise du dialogue avec l’Iran. Mais, comme l’ont noté plusieurs spécialistes, après la diplomatie de la terre brûlée pratiquée par Trump à l’égard des alliés européens des Etats-Unis, Biden devra, dans un premier temps, tenter de regagner la confiance des Européens, avant de reprendre une politique qui ne sera pas très différente de celle de Trump. D’ores et déjà l’orientation générale, que le président démocrate a déclinée au Département d’Etat le 4 février, confirme la mise en garde sur le danger de « nouvelle guerre froide », exprimée au Forum de Davos par le président chinois Xi Jinping.

Guerre froide

Le très influent Atlantic Council, auquel Emmanuel Macron a accordé une longue interview le 5 février (dans un anglais « globish » parfait), vient de publier un rapport de 85 pages, intitulé « Long télégramme : vers une nouvelle stratégie américaine pour la Chine ». La référence ne pourrait être plus explicite, puisque le titre fait écho au télégramme Kennan de février 1946 appelant les Etats-Unis à adopter une politique d’endiguement de l’Union soviétique – que l’Empire britannique souhaitait déjà ardemment à l’époque.

L’auteur, qui écrit sous anonymat, comme l’avait fait George Kennan au départ, argumente en faveur ni plus ni moins d’un « changement de régime » à Beijing, non pas en cherchant à écarter du pouvoir le Parti communiste chinois (PCC) et ses 91 millions de membres, mais en remplaçant Xi Jinping et sa garde rapprochée par des opposants au sein du PCC qui soient plus enclins à soumettre la Chine aux règles du jeu dictées depuis Londres et Washington. Comme si une éminence grise du Kremlin proposait publiquement de renverser Emmanuel Macron et son gouvernement afin de placer au pouvoir une faction de LREM plus favorable aux intérêts de la Russie…

Il est clair que le succès fulgurant du modèle économique chinois est considéré comme une menace pour la domination anglo-américaine du monde. C’est ce qui transparaît également dans un rapport de 72 pages – cette fois-ci officiel – du Bureau de la planification des politiques du Département d’État américain, intitulé « Les éléments du défi chinois ». Le document constate que non seulement l’intégration de la Chine dans le marché mondial par son adhésion à l’OMC ne l’a pas induite à adopter le modèle occidental de « démocratie néo-libérale », mais que de plus la Chine a développé son propre « modèle marxiste-léniniste » autoritaire, dominé par « l’interprétation extrême du nationalisme chinois par le parti  ».

Docteurs Folamour

Ce climat de nouvelle guerre froide, créé au plus haut niveau des institutions américaines, est d’autant plus dangereux que certaines cervelles sont en pleine surchauffe. Dans le numéro de février du magazine Proceedings du US Naval Institute, l’amiral Charles Richard, qui dirige le U.S Strategic Command, écrit : « Il y a une possibilité réelle qu’une crise régionale avec la Russie et la Chine escalade rapidement vers un conflit incluant des armes nucléaires, si elles perçoivent que des pertes conventionnelles pourraient menacer le régime ou l’Etat. Par conséquent, l’armée doit passer du postulat ‘l’emploi de l’arme nucléaire est impossible’ à ‘l’emploi de l’arme nucléaire’ est une possibilité très réelle ».

Il ne s’agit pas là du délire d’un « docteur Folamour » isolé ...suite