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ÉDUCATION EN CHINE
-L’art pour former le caractère

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Richard Black
Représentant de
l’[Institut Scchiller->https://www.institutschiller.org/]
à l’ONU

Ayant atteint en 2021 son premier « objectif centenaire », à savoir devenir un pays modérément prospère, la Chine procède désormais à des réformes éducatives en profondeur, pour donner accès aux jeunes Chinois, par la beauté, à une culture qui ennoblit le caractère.

Cette discussion se situe dans le contexte du 14 plan quinquennal de la Chine, présenté par les conseillers économiques du gouvernement comme « un nouveau paradigme de développement », caractérisé par deux éléments : 1) « Un choix stratégique majeur » consistant à stimuler l’économie en encourageant la capacité de la population à accélérer le rythme d’innovation scientifique et technologique, et 2) Un soutien accru à la promotion des arts, des expositions historiques et des concerts, ainsi qu’à l’infrastructure physique qui les soutient : musées, bibliothèques, salles de concert, etc.

La presse chinoise nous présente un paysage culturelen pleine évolution : les opéras traditionnels reviennent à la vie, de nouvelles salles de concert sont construites et les autorités municipales encouragent la création de grandes librairies pour populariser la lecture de vrais livres-papier. De nombreux groupes WeChat lisent ensemble les classiques de la littérature occidentale et, récemment, au Tibet, Hamlet de Shakespeare a été joué en mandarin et dans la langue locale.

Une réforme indispensable

Sortie de la pauvreté extrême où elle se trouvait il y a 50 ans, la Chine, avec sa nouvelle prospérité croissante, voit sa jeunesse confrontée à plusieurs « douleurs de croissance » ou écueils spirituels. En cause, une éducation accordant trop
d’importance aux compétences professionnelles, sans lien avec la culture artistique ; une dépendance clinique de nombreux jeunes envers la culture sans âme des jeux vidéo et le culte des idoles de musique pop ; la volonté des « mamans tigres » d’inscrire eurs enfants à des séances de soutien scolaire (week-ends et jours fériés compris) afin de leur garantir les meilleurs résultats aux examens d’entrée à l’université et les meilleurs salaires à la sortie. Ces « douleurs de croissance » sont maintenant abordées avec sagesse par les nouvelles réglementations gouvernementales.

C’est sur ce thème de l’économie, de l’éducation et du développement moral que l’homme d’Etat américain Lyndon LaRouche (1922-2019) a entretenu pendant plusieurs décennies une relation fructueuse avec d’éminents intellectuels chinois.

Evoquant ce dialogue lors d’une conférence de l’Institut Schiller en 2013, Cui Hongjian, chercheur émérite à l’Institut chinois d’études internationales, rappelait que 20 ans auparavant, une revue chinoise très populaire avait publié un article de M. LaRouche, mettant en garde la Chine contre une « très mauvaise idée en vogue à l’époque, qui était que nous devions faire de l’argent le plus rapidement possible. LaRouche avait dit que cela serait dangereux pour le système de valeurs de la Chine (...) lui suggérant de revenir à des principes économiques classiques et nationaux » et à une orientation morale correspondant à ces principes. A cette occasion, M. Cui avait estimé que M. LaRouche pouvait être considéré comme un « mentor confucéen ». Plus généralement, il avait souligné l’importance de son travail et de celui de son épouse, Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller, dans l’élaboration, au début des années 1990, d’une nouvelle vision pour l’humanité et pour la Chine.

Retour à Confucius

En 2018, huit professeurs émérites de l’Académie centrale des beaux-arts (ACBA) ont écrit au président Xi pour lui demander de soutenir le rétablissement
d’une éducation artistique. Xi salua leur initiative, reconnaissant l’importance de « renforcer l’éducation esthétique pour assurer la croissance saine de la jeunesse du pays, à la fois physiquement et mentalement ». En mars 2019, il réitéra son appel lors d’une allocution intitulée « Une nation doit avoir une âme », rappelant que cette tâche incombait aux enseignants.

Le président Xi a encore mis l’accent sur le long travail de formation du caractère, mené en Chine par le grand philosophe Confucius (-551 à -479 av. J.-C.). Ses œuvres expriment l’idée que l’éducation esthétique de l’individu et le développement de son sens moral sont une seule et même chose. Ceux qui connaissent les penseurs occidentaux, Friedrich Schiller, Guillaume de Humboldt et Johann Friedrich Herbart, reconnaîtront leur parenté avec Confucius.

Former les éducateurs

Dans les écoles normales d’instituteurs de toute la Chine, on voit aujourd’hui des professeurs publier des articles sur l’importance de l’éducation esthétique pour former des étudiants équilibrés, citant les idées de Confucius et de Friedrich Schiller comme étant essentielles à cette tâche.

Dans un article intitulé « L’impact du développement de l’éducation esthétique dans les collèges modernes de Chine », publié en 2016, Zhang Nan, maître de conférences à l’Ecole des beaux-arts de l’université de Shandong, évoque certains concepts développés par Schiller :

« Le collégien moderne doit non seulement posséder de bonnes compétences professionnelles, mais aussi une noblesse morale ainsi qu’une haute qualité psychologique et la capacité de penser. (...) Le but de l’éducation, pour Schiller, est de ‘permettre à l’art, au lieu de remplacer la domination des sens par celle de la Raison, de réaliser au contraire l’harmonie humaine entre les deux.’  »

Yu Zhou, professeur à l’Institut de technologie de Shanghai, a récemment écrit dans le Journal de la théorie de l’éducation et du management (vol. 4, n° 2, octobre 2020) : « En partant de la qualité idéologique et artistique de la musique, [Confucius] prend la ‘bonté’ et la ‘beauté’ comme critères de base pour évaluer la musique et en déduit la norme d’évaluation ‘esthétique parfaite’. »

Et tout récemment, dans le district scolaire de Shanghai, le rôle de la musique classique et la campagne visant à améliorer la compétence des enseignants en matière d’éducation esthétique se sont concrétisés par une séance destinée aux directeurs d’école, où ils ont chanté le « Va, pensiero », le célèbre chœur de l’opéra de Verdi, Nabucco.

Ces sessions de travail suscitent beaucoup d’enthousiasme. Le directeur d’une école primaire du village de Changbai a déclaré que son établissement expérimentait l’ouverture des enfants autistes à la musique. Wang Renming, professeur au Conservatoire de musique de Shanghai, a commenté ainsi son programme : « J’ai toujours dit que les gens qui étudient la musique ne seront jamais de mauvais types, ça ne peut qu’être de bons gars... »

Freiner les effets néfastes

Outre l’introduction de l’éducation esthétique, le gouvernement chinois a mis en place une réglementation stricte contre certaines pratiques qui, au contraire, détruisent l’esprit des jeunes.

Début août 2021, le Quotidien de l’économie dénonçait les jeux vidéo en ligne pratiqués par les jeunes comme un « opium spirituel » et les autorités ont pris des mesures fortes pour en limiter l’accès des mineurs à une heure par jour, vendredi, samedi, dimanche et jours fériés.

Le Parti communiste a également pris récemment des mesures draconiennes contre les agences privées de soutien scolaire, en interdisant à cette industrie de plusieurs milliards de dollars d’être cotée en bourse, aux sociétés cotées de les financer et aux capitaux étrangers de contrôler ces établissements d’enseignement. Le phénomène d’idolâtrie se répandant en masse vis-à-vis des stars de la musique pop et du cinéma a vu l’industrie du divertissement en Chine manipuler des millions de jeunes adorateurs pour les amener à adopter diverses formes de comportement destructeur. En réaction, l’administration chinoise du cyberespace a supprimé plus de 1300 groupes de discussion, 4000 comptes et 814 sujets en ligne faisant la promotion de telles pitreries.

Enfin, depuis 2017, les Chinois ont entrepris de réformer le Gaokao, l’examen de fin d’études secondaires qui suscite une énorme anxiété chez les parents comme chez les élèves, car il s’agit d’un facteur déterminant pour l’entrée à l’université et la réussite professionnelle.

Le bel esprit

Dans le Livre des Rites, l’un des Cinq Classiques confucéens, il est écrit : « Lorsque le Grand Dao prévalait, le monde était une véritable communauté de destin ; les hommes de talent et de vertu étaient sélectionnés, la confiance mutuelle était mise en avant et la fraternité était cultivée. » Voici la nouvelle révolution en cours en Chine.

Résumé d’un article à paraître dans la revue de l’Institut Schiller, Léonore – Arts, Science et Politique (numéro d’automne 2021) .

En savoir + sur Institut Schiller .org Pourquoi il faut étudier Friedrich Schiller aujourd’hui

Cet article apparaît dans le numéro du 21 novembre 2021 du journal Nouvelle Solidarité. Pour s’y abonner c’est par ici.