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Roland Dumas démonte le mensonge selon lequel « rien n’a été promis » à la Russie

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IS—Dans une intervention puissante dans la crise actuelle, Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand et donc témoin oculaire et auditif direct démystifie complètement, dans une interview de 27 minutes accordée au site web Les Crises, les affirmations anglo-américaines selon lesquelles « rien » n’a été promis à la Russie.

L’interview a été publiée le 12 février sur Youtube en quatre versions distinctes, chacune d’entre elles étant sous-titrée dans l’une des quatre langues du format Normandie : russe, anglais, allemand et français.

La chaîne francophone de RT rapporte : « L’ancien chef de la diplomatie française explique avoir participé aux discussions auxquelles la Russie se réfère aujourd’hui lorsqu’elle évoque les promesses occidentales de non-élargissement de l’OTAN, faites à l’URSS à la fin de la guerre froide. »

Les affirmations de Moscou selon lesquelles l’Occident n’étendrait pas l’OTAN à ses frontières « sont fortement remises en cause dans le paysage politico-médiatique occidental, où elles sont parfois présentées comme un ’mythe’ ou comme une ’contre-vérité historique’ ». Des promesses occidentales, mais encore ? Dans une interview publiée le 13 février sur le site Les Crises, l’ancien chef de la diplomatie française Roland Dumas revient sur le sujet, rappelant qu’il a lui-même participé aux discussions auxquelles la Russie fait référence.

« Alors ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas a en effet participé en 1990 aux tractations en amont du traité de Moscou, qui portaient en premier lieu sur la réunification de l’Allemagne, et au cours desquelles ont également été abordées les considérations générales visant à mettre un terme définitif à la guerre froide.

« On voulait surtout éviter un retour de la guerre froide », témoigne aujourd’hui l’ancien haut diplomate. Selon lui, la délégation de l’URSS avait à l’époque soumis deux requêtes majeures auprès de ses alliés occidentaux : l’une portait sur l’entretien des monuments à la gloire de l’armée soviétique après le départ de ses troupes ; l’autre portait sur un engagement occidental sur le fait qu’’’il n’y ait pas de déplacement des troupes de l’OTAN dans les régions du pacte soviétique qui [devaient] être désarmées,,.

« Cette discussion a eu lieu, d’abord parce que les Russes l’ont demandée [et] parce que nous l’avons soutenue : moi le premier, les Américains aussi, et les Allemands évidemment », explique alors l’ancien haut diplomate. « Je me souviens très bien de la scène, [James] Baker [alors secrétaire d’Etat américain] est intervenu après moi en disant : "Même si M. Dumas ne l’avait pas demandé, moi, je l’aurais demandé,, », relate-t-il encore en référence à l’engagement occidental d’un non-élargissement de l’OTAN vers l’est. »

RT confirme ces propos avec les déclarations de Gorbatchev, qui a déclaré : « Une autre question que nous avons évoquée a été discutée : veiller à ce que les structures militaires de l’OTAN ne progressent pas et à ce que des forces armées supplémentaires de l’Alliance ne soient pas déployées sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification allemande. »

Fin 2021, en pleine crise diplomatique sur l’épineux dossier ukrainien, Gorbatchev déclare à propos de l’Occident : « Cela leur est monté à la tête, arrogance, autosatisfaction, ils se sont proclamés vainqueurs de la guerre froide alors que nous avions ensemble sauvé le monde de la confrontation..... Comment pouvons-nous espérer des relations équitables avec les États-Unis, avec l’Occident, dans cette situation ? » Selon lui, les Occidentaux voulaient « construire un nouvel empire » et « c’est là qu’est née l’idée de l’élargissement de l’OTAN. »