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Moscovia Delenda Est (Moscou doit être détruite)

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La Space Foundation a retiré le nom de Youri Gagarine, le cosmonaute russe et premier homme à avoir voyagé dans l’espace, du titre de sa conférence sur l’industrie spatiale. Après le boycott des sportifs et artistes russes, on se demande jusqu’où cette hystérie peut aller : bientôt l’effacement de Pierre-Le-Grand des livres d’histoire ? Et pourquoi pas des autodafés pour brûler les livres de Tolstoï, Dostoïevski, Pouchkine ou Gogol !?

« Moscovia Delenda Est »

Pour l’historien, l’actuelle chasse aux sorcières fanatique contre la Russie n’est pas sans rappeler la destruction de Carthage par l’Empire romain. Après la défaite de Carthage en 201 avant J.-C., ce pays avait cessé de représenter une menace pour Rome et avait été réduit à un petit territoire équivalent à ce qui est aujourd’hui le nord-est de la Tunisie.

Cependant, lorsque Caton le Censeur (« l’Ancien ») visita sa capitale Carthage en 153 avant J.-C., il fut choqué de constater que, malgré sa défaite, Carthage, avec son port maritime, avait réussi à rester prospère. Il en conclut que l’Empire romain vivrait sous « la menace potentielle » de Carthage tant que celle-ci existerait, et décréta : « Cartago Delenda Est » (« Carthage doit être détruite »). Et puisque les Carthaginois refusèrent de se soumettre, la ville fut rasée par une expédition militaire romaine en 146 avant J.-C.. La plupart de sa population, de son bétail et de ses animaux domestiques furent massacrés.

Ce qui restait de ses habitants fut vendu comme esclave. On dit que la terre fut ensemencée de sel afin d’empêcher tout retour de ses habitants. L’Afrique devint alors une province romaine. Et lorsqu’elle cessa de produire le blé pour ses maîtres, l’Empire s’effondra…

Youri Gagarine

Cet esprit est de retour. Trois semaines à peine après le lancement par la Russie de son opération militaire visant à mettre fin à une guerre qui, pour Moscou, a débuté en 2014 en Ukraine, la Space Foundation a retiré le nom du cosmonaute soviétique Youri Gagarine de l’annonce de sa conférence sur l’industrie spatiale, qui doit se dérouler le 3 avril. Comme tout le monde le sait ou devrait le savoir, Gagarine a été le premier homme de l’histoire à voyager dans l’espace, en 1961.

Prenant pour raison le conflit géopolitique et l’agression de la Fédération de Russie, la Space Foundation a changé le nom de l’événement de collecte de fonds de sa 37e conférence du symposium de l’espace en « Une célébration de l’espace : découvrir ce qui viendra ensuite » au lieu de « la nuit de Youri ».

« C’est une démonstration de solidarité plutôt douteuse avec le peuple ukrainien, surtout si l’on considère que Gagarine travaillait pour l’URSS, un pays complètement différent de la Russie actuelle, rapporte le site Futurism. Et la cerise sur le gâteau ? L’Ukraine semble plutôt apprécier Gagarine et son exploit monumental  ». En 2011, l’Ukraine a émis un timbre commémorant le 50e anniversaire du vol historique entrepris par Youri Gagarine le 12 avril 1961. En outre, le stade de Tchernihiv, en Ukraine, avait été baptisé stade Youri Gagarine et porte toujours ce nom.

Même dans les pires moment de la Guerre froide, on n’en était pas allé jusqu’à censurer les figures intellectuelles, artistiques ou scientifiques. En effet, la montée du sentiment anti-russe s’est répandue comme un feu de brousse dans les arènes de la culture, du divertissement et du sport.

Comme le souligne le site Opindia, la liste est sidérante : «  la compagnie d’assurance-vie américaine MassMutual a retiré une publicité mettant en scène le capitaine russe de l’équipe de hockey Washington Capitals, Alexander Ovechkin. L’Union européenne de radio-télévision (UER) a annoncé que la Russie ne serait plus autorisée à participer à un grand concours annuel de chant organisé sur le continent. De nombreux concerts, des représentations d’artistes russes, des présentations classiques, y compris des spectacles de ballet, ont été annulés en masse en Europe lors de prises de positions politiques contre la Russie. Des sociétés cinématographiques telles que Warner Bros, Disney et Sony Pictures ont interrompu la sortie de leurs films dans les cinémas russes. L’Académie ukrainienne du cinéma a appelé à un boycott international du cinéma russe, y compris l’interdiction des films russes dans les festivals internationaux ».

Sortir de l’hystérie

Face à cet excès de zèle paranoïaque, certains milieux institutionnels tentent de rappeler à la raison. Un groupe de chercheurs et de scientifiques, emmené par l’économiste Jacques Sapir, a publié une tribune dans la revue Front Populaire, appelant à maintenir des relations scientifiques entre la France et la Russie. Ils dénoncent « une hystérie [qui] semble s’être emparée des esprits en France et en Europe », et mettent en garde :

" La menace d’une rupture des relations scientifiques et culturelles plane désormais. Une telle rupture aurait des conséquences catastrophiques et relève, en réalité, d’une logique de guerre."

Leur tribune fait suite à la décision du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français de suspendre les opérations communes avec les scientifiques russes, une décision qu’ils jugent « irresponsable et profondément nocive ». Bien sûr, « Nous pouvons, en tant que citoyens, condamner tel ou tel gouvernement, telle ou telle politique. Mais, nous devons aussi tout faire pour maintenir le dialogue et éviter que culture et science ne soient embarquées dans une spirale de manipulations politiciennes ». Et de conclure : « La coopération internationale est le moteur de la science, le moteur de la recherche. Elle doit donc être absolument préservée. Elle est l’une des garanties de la reconstruction d’une paix durable ».

"La décision du CNRS de suspendre les opérations communes avec les scientifiques Russes et l’abandon quasi-certain par l’ESA du projet ExoMars sont irresponsables, écrit de son côté Jacques Cheminade sur Twitter, le 19 mars. Cette double rupture ne contribue en rien à une juste Paix et nous affaiblit."

Ajoutons que Jacques Sapir, qui est par ailleurs membre de l’Académie russe des Sciences, a publié le 28 février une tribune dans le magazine Marianne dans laquelle, tout en dénonçant l’attaque militaire « injustifiée et inadmissible » de la Russie, il affirme que la seule issue possible est de faire de l’Ukraine un État « indépendant et neutre ». Les pays devraient selon lui tout faire pour favoriser cette voie, ce qui implique non seulement d’« exiger que la Russie reconnaisse le président Zelensky et tout gouvernement formé sur la base de l’actuelle Rada, le Parlement ukrainien, comme seul interlocuteur légitime », mais également de prendre « en compte des préoccupations légitimes de sécurité de la Russie ».

Cette proposition fait écho à l’appel de l’Institut Schiller en faveur d’une conférence internationale visant à établir une nouvelle architecture de sécurité et de développement pour toutes les nations, prenant en compte les intérêts de chacun, dans l’esprit du Traité de Westphalie, qui avait mis fin aux guerres de religion en 1648.

Appel que nous vous invitons à signer dès maintenant et conférence, par zoom le 9 avril, à laquelle nous vous invitons à vous inscrire.