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Visioconférence internationale du 9 avril 2022
Le point de vue russe

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SI— Remarques de M. Anatoly Antonov, ambassadeur russe aux États-Unis,
à la conférence de l’Institut Schiller

Je tiens à remercier l’Institut Schiller et sa présidente, Mme Helga Zepp-LaRouche, de me donner l’occasion de partager mon point de vue sur les perspectives de la mise en place d’une nouvelle architecture de sécurité.

Au cours des cent dernières années, le système de sécurité régionale et mondiale a été remanié à trois reprises.

– Après la Première Guerre mondiale, les pays victorieux ont façonné un ordre européen, mais celui-ci n’a duré que 20 ans.

– La Seconde Guerre mondiale a donné lieu à l’établissement d’un système de relations internationales qui reflétait l’équilibre des forces et était fondé sur la prise en compte maximale des intérêts nationaux. La fondation de l’ONU, avec le rôle fondamental du Conseil de sécurité et le recours au droit international, sont peut-être les éléments fondamentaux qui ont uni toutes les nations.

Néanmoins, la Guerre froide a divisé le monde. Une guerre psychologique, idéologique et économique a été menée contre l’Union soviétique. Celle-ci était qualifiée d’« empire du mal » et de source de tension mondiale constante. La tâche poursuivie par l’Occident était d’étouffer le développement de l’Union soviétique, d’empêcher le transfert de technologies avancées vers nous et de condamner notre pays à être une nation de second rang.

– La troisième tentative de formation d’un ordre mondial a eu lieu après la dissolution de l’URSS. Les États-Unis et leurs alliés se sont déclarés vainqueurs de la Guerre froide et ont commencé à remanier les relations internationales en fonction de leurs intérêts exclusifs. En fait, c’est à ce moment précis qu’ont été jetées les bases du tristement célèbre « ordre fondé sur des règles ». Dans ce nouvel environnement, un rôle de plus en plus réduit a été accordé à l’ONU et aux autres institutions internationales, à moins qu’elles ne soient contrôlées par Washington.

Mais même dans cette réalité, la nouvelle Russie a tenté de rencontrer l’Occident à mi-chemin. Nous étions excessivement ouverts et crédules. Nous avons proposé de nouveaux projets de coopération et d’interaction. Nous avons montré que nous étions prêts à faire des compromis, faisant dans certains cas des concessions impardonnables. L’Occident a cyniquement profité de cette approche constructive. Il a hypocritement tenté de souligner que la place de la Russie se situait désormais à la périphérie du « nouvel ordre mondial ».

Le Pacte de Varsovie a disparu, mais l’OTAN ne devait pas se dissoudre. D’ailleurs, ces dernières années, le monde a assisté à cinq vagues d’élargissement de l’Alliance. Sa machine militaire est, en fait, à notre porte.

Ces derniers temps, l’activité militaire de l’OTAN s’est considérablement intensifiée. Une quarantaine d’exercices militaires majeurs sont organisés chaque année près des frontières russes. Les forces de l’Alliance de l’Atlantique Nord explorent la mer Noire et la mer Baltique. À ce propos, selon les dernières estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires combinées des pays de l’OTAN dépassent d’au moins 25 fois le budget de défense de la Russie.

Depuis des dizaines d’années, l’Occident s’attache à démanteler le système de sécurité collective élaboré après la Seconde Guerre mondiale. Nous avons perdu des accords clés en matière de sécurité mondiale : le traité ABM, le traité INF et le traité Ciel ouvert.

En fait, le seul accord qui subsiste aujourd’hui est le New START, qui continue de répondre aux intérêts nationaux de la Russie et des États-Unis. Il s’agit en quelque sorte de l’« étalon-or » de la stabilité stratégique, qui doit être préservé.

La partie russe juge totalement inacceptables les efforts des pays de l’OTAN d’explorer militairement les territoires de l’Ukraine et de la Géorgie et d’établir un réseau de laboratoires biologiques américains le long de nos frontières.

La situation est devenue extrêmement dangereuse. Nous avons répété à plusieurs reprises que tout système de sécurité européenne doit tenir compte des intérêts nationaux de tous les États, y compris, bien sûr, de la Russie. Notre pays ne peut pas être l’objet de projets de défense fantômes. Nous devons participer sur un pied d’égalité à la sécurité européenne et mondiale, avec un statut de vote à part entière. La Russie n’a jamais réclamé un quelconque avantage unilatéral. Tout ce que nous avons demandé, c’est le respect et la reconnaissance des intérêts nationaux de la Russie.

À la fin de l’année dernière, notre pays a présenté des propositions concrètes pour corriger cet ordre mondial injuste. Nos idées ont été résumées dans deux projets de traités avec les États-Unis et l’OTAN. En substance, nous avons proposé une initiative pacifique présentant notre vision d’une architecture de sécurité.

Ces projets ont été rendus publics. Ils couvraient des questions telles que le non élargissement de l’OTAN, le non déploiement près de nos frontières de systèmes d’armes constituant une menace pour la Fédération de Russie, un moratoire sur la mise en service des FNI, ainsi que des initiatives spécifiques visant à accroître la prévisibilité et à réduire les activités militaires dangereuses. Toutefois, nos principales propositions ont été rejetées.

Les politiciens qui tentent de réduire toute la question à la crise en Ukraine en ignorent l’origine et conduisent la discussion dans une impasse. Ils examinent la situation de manière superficielle, sans tenir compte de la cause profonde des événements.

Selon cette logique, la Russie (de même que les États-Unis et le Royaume-Uni) peut être tenue pour responsable de l’occupation de l’Allemagne nazie en 1945, qui a fait tant de mal et infligé tant de souffrances au monde entier. À elle seule, l’Union soviétique a perdu 27 millions de personnes dans cette guerre.

Aujourd’hui, il est extrêmement important de démilitariser et de dénazifier l’Ukraine. De consolider le statut de dénucléarisation de Kiev et son engagement envers les accords internationaux sur la non-prolifération des armes de destruction massive. Nous devons tout faire pour empêcher l’affaiblissement du TNP (Traité de non-prolifération).

Il ne peut y avoir aucune menace pour la Fédération de Russie provenant du territoire ukrainien. C’est l’objectif de notre opération militaire spéciale.

Il est extrêmement important que les pays occidentaux cessent de jeter de l’huile sur le feu en alimentant le régime de Kiev en armes. En outre, il est évident que les États-Unis et leurs alliés doivent exhorter l’Ukraine à respecter le droit humanitaire international. Nous ne tolérerons jamais que des civils soient abattus, ni que des soldats russes capturés soient tués et torturés.

Je voudrais souligner la nécessité de mettre immédiatement un terme à la diffusion de fausses nouvelles qui discréditent la grande mission de l’armée russe. Les calomnies à notre encontre concernant la situation à Boutcha en sont un exemple flagrant. Les mises en scène qui déforment la vérité doivent être jugées inacceptables.

Notre pays plaide pour des actions urgentes sur la scène internationale. On doit restaurer le principe d’une sécurité égale et indivisible. Cela signifie qu’aucun État n’a le droit de renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres. Avec une volonté politique, on peut facilement y parvenir en mettant en place des garanties juridiques sérieuses et à long terme.

Nous insistons sur la nécessité de renforcer le droit international et de consolider le rôle des Nations unies et de son organe clé, le Conseil de sécurité.

Les propositions russes ne portent pas atteinte à la sécurité des pays de l’OTAN. Au contraire, elles créent les conditions d’une désescalade en Europe, du rétablissement de la confiance et de l’intensification de l’interaction afin de relever les défis mondiaux, tels que la lutte contre la pandémie de COVID-19, la non-prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, la reconstruction des économies nationales et le règlement des graves problèmes climatiques.

Pour conclure, je voudrais rappeler les idées d’un homme d’État américain, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger. Dans son livre Diplomacy, il a prédit l’échec du modèle wilsonien de politique étrangère consistant à « répandre la démocratie ».

Permettez-moi de le citer : « Aussi puissante que soit l’Amérique, aucun pays n’a la capacité d’imposer toutes ses préférences au reste de l’humanité. [...] l’Amérique devra apprendre à fonctionner dans un système d’équilibre des pouvoirs. »

Kissinger a également déclaré : « Les relations russo-américaines ont désespérément besoin d’un dialogue sérieux sur les questions de politique étrangère [...] fondé sur le respect mutuel des intérêts nationaux de chacun. »

Je tiens à vous assurer que notre pays est toujours ouvert à ce type d’interaction.
Je vous remercie de votre attention !

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