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Livraison d’armes lourdes en Ukraine : pourquoi nous sommes devenus des ’cobelligérants’

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S&P—La semaine dernière, l’histoire a franchi un nouveau cap dans la guerre en Ukraine, avec la décision de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis de livrer des armes lourdes à l’Ukraine. Avec le vote jeudi du « Lend-lease Act », qui va faciliter le prêt de matériel militaire à l’Ukraine, les États-Unis — entraînant avec eux leurs « alliés » — s’affichent désormais ouvertement en cobelligérants contre la Russie.

Guerre entre l’Otan et la Russie

Le 28 avril, le Congrès américain a approuvé le « Lend-lease Act » pour « la défense de la démocratie en Ukraine », qui autorise le prêt ou la location de matériel militaire à l’Ukraine pour les exercices 2022 et 2023, tout en réduisant les formalités administratives de façon à assurer une livraison la plus rapide possible. La législation porte le nom d’un programme de l’époque de la Seconde Guerre mondiale qui avait aidé à fournir des alliés dans la lutte contre l’Allemagne nazie et mis fin au statut de « neutralité » des Etats-Unis.

Depuis le début de la guerre, 5 milliards de dollars d’aide militaire ont déjà été fournis à l’Ukraine par les Occidentaux (dont plus de 3 milliards proviennent des seuls États-Unis, et une centaine de millions d’euros pour la France). Dans son discours du 27 avril, le président Biden a demandé au Congrès de porter l’aide à l’Ukraine à 33 milliards de dollars, dont 20 pour l’armement !

A cela s’ajoute l’annonce par les États-Unis de l’envoi d’armes lourdes en Ukraine, qui comprend des systèmes de missiles anti-aériens à longue portée et 90 obusiers Howitzers. Les pays européens ont immédiatement emboîté le pas des Etats-Unis. « Paris va livrer aussi ses puissants canons Caesar de 155 mm, capables de tirer sur des cibles jusqu’à 40 km, rapporte Le Parisien. Berlin, brisant un nouveau tabou, a accepté de fournir des chars Gepard […] ; les autres Européens – ex-pays de l’Est notamment – maintiennent leur important effort ».

« La guerre entre la Russie et l’Ukraine évolue rapidement vers une guerre entre la Russie et l’Otan », admet Fred Kaplan, un historien militaire proche de l’establishment à Washington. Selon lui, la visite du secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin (le vrai patron de l’Otan) à Kiev et à la base américaine de Ramstein, en Allemagne, marque un changement dans les objectifs militaires américains..

Pour sa part, en France, l’ancien député et Président de l’Académie du Gaullisme Jacques Myard souligne dans une tribune que « la tenue de cette conférence sur une base américaine – la symbolique est très forte — ne laisse aucun doute sur la volonté de Washington de prendre fermement la direction de la coalition pour contrecarrer la Russie coupable d’une guerre d’agression. Lloyd Austin ne mâche pas ses mots : ’Nous voulons voir la Russie à tel point qu’elle ne puisse plus faire ce qu’elle a fait en envahissant l’Ukraine’ ».

Sortir du train fou

Vendredi, le porte-parole du Pentagone John Kirby a annoncé que les États-Unis ont commencé à former les soldats ukrainiens sur l’utilisation d’armes sophistiquées, telles des armes à longue portée comme un obusier, ou encore des systèmes radar et des véhicules blindés. Kirby a précisé que ce type de formation, qui se déroule en Allemagne, est appelé à se dérouler dans d’autres pays européens. Ajoutons que la France assurera quant elle la formation d’une quarantaine d’Ukrainiens à l’emploi des 12 canons César qu’elle va leur fournir.

En réalité, la formation des soldats de l’armée ukrainienne par les pays occidentaux, y compris directement en Ukraine, est un secret de polichinelle ; dans un tweet publié lors de la visite le 9 avril dernier à Kiev du Premier ministre britannique Boris Johnson, le journaliste du Figaro Georges Malbrunot citait déjà une source du renseignement français affirmant que « Les unités d’élite des forces spéciales SAS sont présentes en Ukraine depuis le début de la guerre, de même que les Delta américaines ».

Réagissant au vote jeudi du Bundestag (le parlement allemand) autorisant l’envoi d’armes lourdes en Ukraine, la présidente internationale de l’Institut Schiller Mme Helga Zepp-LaRouche dénonce une « décision irresponsable et très dangereuse » qui met en danger la sécurité de l’Allemagne, puisque cela en fait une cobelligérante aux côtés des États-Unis, de la Grande-Bretagne, et d’autres États membres de l’Otan qui fournissent également un vaste arsenal d’armes à l’Ukraine et forment des troupes ukrainiennes. « Cela représente également un grand pas dans une escalade en spirale vers une troisième guerre mondiale nucléaire, prévient-elle. Au lieu de cela, l’Allemagne et la France doivent exiger, avec fermeté, un cessez-le-feu immédiat et à une solution diplomatique ».

" Nous vivons en effet un tournant, mais pas de la manière dont les ‘récits’ des politiciens et des médias traditionnels voudraient nous le faire croire, conclut Mme Zepp-LaRouche ; il s’agit plutôt d’une tentative de maintenir un monde unipolaire en déroute, dans lequel seuls les États-Unis et le Royaume-Uni voudraient être aux commandes. La réalité est que la majorité des nations du monde est en train de construire un ordre mondial fondé sur les cinq principes de la coexistence pacifique et de permettre le développement économique de tous."

Emmanuel Macron, qui vient d’annoncer qu’après l’inauguration de son second mandat il ira immédiatement à Berlin, avant de se rendre avec le chancelier Scholz à Kiev afin de montrer que l’Europe existe, ferait mieux de se rendre à Londres et Washington. Car c’est là qu’il faut plaider pour la paix et faire comprendre que la France ne peut plus faire partie de commandement intégré du train fou qu’est devenue l’Otan.

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