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Allemagne : Couvrez ces manifs que je ne saurais voir !

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par Karel Vereycken
de Solidarité&Progrès

S&P—Depuis octobre 2019, au Pays-bas, des milliers d’agriculteurs, forcés d’abandonner leur profession jugée désormais nuisible, ont bloqué les autoroutes. Pas vue à la télévision française.

Depuis début septembre, à Prague, des milliers de gens manifestent régulièrement contre l’OTAN, l’inflation et les sanctions envers la Russie et pour renouer des relations cordiales avec la Russie. Pas vue à la télévision française.

Sur le terrain, toutes les formes de protestation outre-Rhin ont vu leurs rangs gonfler ces trois dernières semaines. Mais l’essor le plus important, tant en nombre qu’en étendue géographique, concerne les régions situées à l’est de la frontière orientale de l’Allemagne, où l’impulsion vient surtout des PME et des artisans (notamment le groupe « Artisans pour la paix »). Leurs actions, pour la plupart non partisanes, sont mises sur pied très rapidement, ce qui les rend particulièrement efficaces.

Ils exigent l’ouverture des gazoducs Nordstream 1 et 2 ; qu’ils soient réparés au plus vite, la levée des embargos et des sanctions qui frappent bien plus l’Europe que la Russie et surtout la construction d’une paix par le développement mutuel. En bref, tout ce que Berlin, tout comme Paris et Bruxelles refusent d’entendre.

Le 12 octobre, des entrepreneurs des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, ont annoncé une manifestation silencieuse hebdomadaire, tous les mercredis à 12h05, pour symboliser le fait que les nécessaires changements politiques et économiques n’ont que trop attendu. Le lendemain, des entrepreneurs de PME ont organisé des cortèges dans neuf villes du même Land.

Le vendredi suivant, en Saxe, 5000 personnes se rassemblaient devant la célèbre église Notre-Dame de Dresde, qui compte 500 000 habitants.

Grimma

Le 18 octobre à Grimma (notre photo), une ville proche de Leipzig, des milliers de personnes, y compris le Premier ministre de Saxe, Matthias Kretschmer, ont répondu à l’appel des artisans et entrepreneurs. La manifestation était soutenue par dix maires des alentours et par l’association régionale des agriculteurs.

C’est un couvreur, Johannes Heine, qui avait officiellement enregistré le rassemblement sous la devise « De l’énergie au lieu d’idéologie », qui résume les craintes suscitées par l’inflation et par la guerre contre la Russie. La vague de protestation devrait culminer à Berlin, où une très forte participation est attendue d’ici quelques semaines.

Il est légitime que les bastions de la contestation se trouvent tous dans les régions orientales de l’Allemagne où, à la fin de 1989, les rassemblements du lundi réunissant des centaines de milliers de personnes, notamment à Leipzig, ont fait tomber le régime politique de l’Allemagne de l’Est.

Par rapport aux Allemands de l’Ouest, ceux de l’Est sont restés bien plus rebelles au cours des décennies qui ont suivi. Certains d’entre eux regrettent leur « annexion » à l’Allemagne de l’Ouest.

Le chemin sera long, mais le potentiel existe qu’ils deviendront l’avant-garde d’un changement profond de l’histoire politique allemande…